Canicule, incendies, arbres qui dépérissent : à quoi ressemblera la forêt française de demain ?

Incendies, sécheresse, canicules à répétition, stress hydrique, dépérissement de certains peuplements et marchés du bois parfois fortement perturbés : l’été 2026 laissera des traces dans nos forêts. Mais derrière les conséquences immédiatement visibles se pose une question beaucoup plus importante : les essences qui composent nos forêts aujourd’hui seront-elles encore adaptées au climat de demain ?

Un été qui doit nous faire réfléchir

L’été 2026 aura été particulièrement éprouvant pour la forêt française.
La succession de fortes chaleurs, le déficit hydrique et l’assèchement de la végétation ont placé de nombreux massifs forestiers sous tension.
Les incendies constituent évidemment la manifestation la plus spectaculaire de cette situation. En quelques heures, plusieurs décennies de croissance et de gestion peuvent disparaître.

Mais le feu n’est finalement qu’une partie du problème.
Dans de nombreux massifs que nous parcourons, les conséquences sont beaucoup moins spectaculaires et pourtant bien réelles : arbres affaiblis, feuillages prématurément desséchés, croissance ralentie et peuplements qui semblent supporter de plus en plus difficilement la répétition des épisodes de chaleur et de sécheresse.

Le stress hydrique : le danger silencieux

Un arbre confronté ponctuellement à une sécheresse peut naturellement résister.
Le véritable problème apparaît lorsque ces épisodes deviennent plus longs, plus intenses et surtout plus fréquents.
Lorsque l’eau disponible dans le sol devient insuffisante, l’arbre doit adapter son fonctionnement. Sa croissance ralentit, son feuillage peut être affecté et sa capacité à résister à d’autres agressions diminue.
Une forêt déjà fragilisée par plusieurs années difficiles peut alors devenir beaucoup plus vulnérable aux maladies, aux parasites ou à un nouvel épisode climatique extrême.

C’est probablement l’un des enjeux auxquels nous devons désormais être particulièrement attentifs : les conséquences d’un été exceptionnel ne s’arrêtent pas avec les premières pluies d’automne.
Elles peuvent continuer à se manifester plusieurs années plus tard.

Quand le climat finit par toucher directement la valeur économique de la forêt

La forêt est évidemment un patrimoine naturel, mais elle constitue également un patrimoine économique.
Lorsqu’un peuplement dépérit massivement, le propriétaire peut être contraint d’exploiter rapidement une quantité importante de bois.
Et lorsque de nombreux propriétaires se retrouvent simultanément dans cette situation sur un même territoire, les volumes disponibles peuvent augmenter brutalement.

La conséquence est mécanique : certains marchés peuvent se retrouver déséquilibrés et la valeur des bois concernés fortement diminuer.
Un arbre arrivé à maturité et exploité au moment choisi n’a évidemment pas la même valeur qu’un arbre dépérissant qu’il faut commercialiser rapidement.

Pour un propriétaire forestier, la conséquence peut donc être double : perdre une partie de son capital forestier tout en devant vendre ses bois dans une période défavorable.
Il faut toutefois rester prudent : il n’existe pas « un prix du bois ». Chaque essence, chaque qualité, chaque diamètre et chaque région possède son propre marché.
Mais les crises sanitaires et climatiques nous rappellent que la valeur d’une forêt dépend également de sa capacité à résister dans le temps.

La question que nous devons désormais nous poser :
que planter aujourd’hui ?

C’est probablement le sujet qui nous paraît le plus important.
Une forêt se construit sur plusieurs générations.
Lorsque nous plantons aujourd’hui un arbre destiné à être récolté dans cinquante, soixante ou quatre-vingts ans, nous devons essayer d’imaginer dans quelles conditions climatiques il devra évoluer.
Et c’est là que notre manière de penser la forêt doit probablement évoluer.
Il ne suffit plus nécessairement de se demander : « Quelle essence pousse bien ici aujourd’hui ? »
Il faut également commencer à se demander : « Quelle essence sera encore capable de pousser ici dans cinquante ans ? »
La différence paraît minime. Elle change pourtant profondément la manière d’envisager un investissement forestier.

Il n’existe probablement pas d’essence miracle

La tentation serait de chercher immédiatement l’arbre capable de remplacer ceux qui souffrent aujourd’hui.
La réalité est évidemment beaucoup plus complexe.
Une essence parfaitement adaptée à une propriété peut se révéler inadaptée quelques kilomètres plus loin.
La nature du sol, sa profondeur, sa capacité à conserver l’eau, l’exposition, l’altitude, la pluviométrie ou encore les températures doivent être étudiées.
Le choix devra probablement également passer par davantage de diversité.
Mettre tout son capital forestier sur une seule essence constitue nécessairement une concentration du risque.
Diversifier les essences et parfois les provenances peut permettre de construire des peuplements capables de mieux absorber les incertitudes climatiques futures.
Certaines essences plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau prendront probablement davantage de place dans certains territoires.
Mais ces choix devront être raisonnés propriété par propriété.

La valeur d’une forêt va-t-elle elle-même évoluer ?

C’est une question que nous rencontrons de plus en plus dans notre métier.
Traditionnellement, la valeur d’une forêt repose sur plusieurs composantes : le foncier, le volume et la qualité des bois sur pied, les perspectives de production, la chasse, les accès, la localisation ou encore les possibilités de valorisation.

Demain, la résilience climatique du peuplement pourrait devenir un critère de valeur de plus en plus important.
Deux forêts voisines de superficie comparable pourraient ainsi présenter des perspectives très différentes si l’une possède des peuplements diversifiés et adaptés à sa station tandis que l’autre repose essentiellement sur une essence devenue particulièrement vulnérable.
L’analyse d’une forêt avant son acquisition devra donc probablement intégrer de plus en plus cette dimension.

Chez Domaines & Forêts, nous considérons qu’acheter une forêt ne consiste pas uniquement à regarder ce qu’elle vaut aujourd’hui.
Il faut également essayer de comprendre ce qu’elle pourra devenir demain.

Incendies : le débroussaillement devient également un enjeu patrimonial

Face à l’augmentation du risque incendie, la prévention prend également une importance considérable.

Les obligations légales de débroussaillement ont été renforcées ces dernières années.

Débroussailler ne signifie évidemment pas supprimer la végétation autour d’une propriété. L’objectif est de réduire la masse combustible et de créer des discontinuités permettant de limiter la propagation d’un incendie.

Dans les territoires concernés, les obligations peuvent notamment porter sur une profondeur de 50 mètres autour des constructions, avec des dispositions pouvant aller au-delà dans certaines situations.

Au-delà de l’obligation réglementaire, cette question doit désormais être considérée comme faisant partie intégrante de la gestion d’un patrimoine forestier.

Entretenir les abords des bâtiments, les accès et certaines zones stratégiques permet non seulement de protéger les personnes et les constructions, mais également de faciliter l’intervention des secours et de limiter les possibilités de propagation du feu.

Pour un propriétaire forestier, prévenir le risque incendie revient aussi à protéger la valeur de son patrimoine.

La forêt que nous transmettrons se décide aujourd’hui

Il faudra probablement plusieurs années pour mesurer toutes les conséquences des épisodes climatiques que nous venons de connaître.
Mais une chose nous paraît certaine : la forêt française est entrée dans une période où l’anticipation devient aussi importante que la gestion.
Nous devons continuer à produire du bois, préserver la biodiversité, maintenir des territoires favorables à la faune, protéger nos paysages et conserver la valeur patrimoniale des propriétés.
Mais nous devons désormais le faire en intégrant une donnée supplémentaire : le climat de demain.

Observer. Comprendre. Diversifier. Adapter.
Et parfois accepter de remettre en question ce qui fonctionnait depuis plusieurs générations.
Car lorsque l’on plante un arbre aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour soi.
C’est pour celui qui se promènera sous son ombre dans cinquante ans.

Article rédigé par

Olivier Dauphin

Cofondateur et cogérant de Domaines & Forêts

Benjamin Zimmer

Cofondateur et cogérant de Domaines & Forêts

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